Publié le 6 NOVEMBRE 2025 ⸱ 05 min de lecture ⸱ PAR FLORENCE PAOLETTI-BENAZIEZ
L’assurance-vie, c’est un peu comme le livret A. Beaucoup d’épargnants en possèdent une, tant celle-ci est riche en possibilités de placements et avantages fiscaux tout en étant relativement « liquide » (possibilité de vente rapide). Malgré les idées reçues, l’argent déposé sur un contrat d’assurance-vie n’est jamais bloqué. Il est possible de retirer régulièrement des fonds, sans avoir à fermer le contrat.
La fameuse « période de huit ans » ne signifie pas non plus que les retraits sont interdits pendant ce délai, mais simplement qu’ils ne bénéficient pas de la fiscalité allégée, accordée après une détention de huit ans. Que ce soit pour profiter de revenus complémentaires réguliers au cours de sa vie active, préparer financièrement sa retraite ou pour un projet particulier (voyage, financement des études des enfants, achat immobilier, etc.), un tel placement est adéquat, s’adaptant aux différents profils d’épargnants, prudents ou acceptant des risques pour profiter d’un meilleur rendement.
« De plus en plus de cadres quadragénaires souhaitent que leur contrat d’assurance-vie leur permette, à 55 ans, par exemple, de s’arrêter de travailler, grâce aux revenus complémentaires générés », note Damien Servais, ingénieur patrimonial chez Apicil Epargne. Ils font alors leurs calculs pour déterminer le montant du versement mensuel à effectuer pour obtenir le capital souhaité à terme. Par exemple, si le besoin est de 3 000 euros par mois, le versement (avec un taux de rendement envisagé de 4 % – version prudente, mais la rémunération peut être supérieure !) devra être d’environ 1 800 euros par mois.
Des contrats « A la carte »
Un contrat d’assurance-vie est, en effet, d’abord composé d’un fonds euros (dont le capital est garanti par l’assureur) comprenant des produits financiers très peu risqués : principalement des obligations d’État (dont la durée et le taux d’intérêt sont connus à l’avance).
Il est, ensuite, composé d’unités de compte (UC), poches d’investissement plus risquées, comportant de multiples produits financiers cotés ou non cotés, ayant pour but d’améliorer le rendement global du contrat.
De fait, le fonds euros rapportant environ 2,5 % par an actuellement, il est indispensable de lui associer des produits plus rémunérateurs. Ainsi, certains contrats proposent-ils aux souscripteurs de choisir parmi des centaines d’UC dédiées à des sicav ou FCP comprenant des actions internationales, des SCPI, OPCI ou SCI (immobilier de bureaux, commerces, logistique ou habitat), des fonds consacrés aux sociétés non cotées (Private Equity), etc.
De nouveaux produits financiers sont aussi proposés dans certains contrats, notamment via des ETF, souvent des fonds indiciels cotés en Bourse, présentant l’avantage d’être plus rapidement vendables et moins chargés en frais que les sicav et les FCP.
Ces dernières années, les contrats d’assurance-vie se sont très dynamisés, permettant à leurs détenteurs de personnaliser de plus en plus la gestion. Ainsi, certains contrats autorisent-ils une délégation de gestion (auprès de sociétés externes) pour la poche actions, qui est alors gérée comme dans un compte-titres.
Minimiser les risques
Faut-il, actuellement, compte tenu des turbulences politiques et économiques, privilégier le fonds euros, comme beaucoup de particuliers le pensent ?
« Le fonds euros reste la colonne vertébrale de l’assurance-vie, la base sécuritaire dans une allocation. Aujourd’hui, elle représente 50 % de celle d’un profil équilibré », répond Stanislas de Vasselot, DG de Linxea.
Il peut toutefois être intéressant d’ajouter des unités de compte (UC) diversifiées selon son profil de risque pour optimiser le couple rendement/risque. Mettre en place des versements programmés (mensuels, par exemple) est aussi une bonne idée. Cette méthode permet de rentrer sur les marchés à différents moments et donc de lisser les points d’entrée : minimiser les risques par des achats effectués à des niveaux élevés sont compensés par ceux réalisés lorsque les prix sont plus bas.
Recherchés par certains épargnants soucieux de minimiser les risques en Bourse : les UC investies en produits structurés à capital garanti. Ces « fonds à formule » garantissent le capital en échange d’une rémunération moins importante que celle réalisée effectivement par les produits composant le fonds.
De nombreux souscripteurs aisés se tournent aussi vers les assurances-vie luxembourgeoises, attirés par le choix plus important d’investissements.
« Ces contrats bénéficient du fameux triangle de sécurité », explique Joachim Savigny, président de Cheval Blanc Patrimoine Gestion Privée, via de multiples garanties. Par ailleurs, la diversification à 360° existe depuis longtemps au Luxembourg où le non-coté – avec ses espoirs de rendements – est très bien appréhendé. Les produits les plus innovants (comme des placements dans les cryptomonnaies, par exemple) sont proposés rapidement dans les contrats luxembourgeois.
Dans tous les cas, le niveau des frais est un critère de choix primordial des contrats ! Sans forcément tomber dans l’excès en ne s’intéressant qu’aux contrats les moins chargés, ce point doit être analysé avec attention. Car les éventuels frais d’entrée (heureusement, certains contrats n’en comportent pas), de gestion annuelle des UC et d’arbitrage (prélevés lors du transfert de l’épargne sur un autre support), attachés aux contrats, sont parfois excessifs.
Certains grimpent jusqu’à 5 %, abaissant considérablement le rendement du placement, à terme. Certains fonds euros sont eux, temporairement boostés, offrant (pendant un ou deux ans) un rendement meilleur que celui effectivement réalisé par le fonds. Le secret de ces taux bonifiés ? Les compagnies puisent dans leurs réserves financières pour rendre leur produit plus séduisant. Attention : à long terme, ces petits plus ne jouent plus vraiment sur le rendement.
Un bon contrat est celui qui comporte des frais corrects, tout en proposant une offre d’UC large et diversifiée, à côté d’un fonds euros bien géré (voir les résultats des années précédentes).
La patience paie…
Lors des retraits effectués au cours des huit premières années, les gains générés par le contrat sont soumis à la fiscalité classique des valeurs mobilières : impôt sur le revenu via le barème progressif augmenté des prélèvements sociaux, ou via le prélèvement forfaitaire unique (PFU – ou « flat tax » – de 30 % (composé d’un taux forfaitaire de 12,8 % sur les revenus, et de 17,2 % de prélèvements sociaux).
Mais la patience paie… Les retraits d’argent du contrat après huit ans de vie bénéficient d’un abattement sur les gains de 4 600 euros pour une personne seule et de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé.
Au-delà de cet abattement, les gains sont imposés moins : pour l’épargnant ayant versé moins de 150 000 euros sur ses contrats d’assurance-vie, à 24,7 % (PFU de 7,5 % + prélèvements sociaux de 17,2 %) ; pour l’épargnant ayant versé plus de 150 000 euros sur ses contrats, à 30 % pour la part des versements excédant 150 000 euros.